En politique, les dieux sont rarement crucifiés

dimanche 18 décembre 2011

Le Royaume-Uni claque la porte à Bruxelles, une bonne nouvelle pour l’Europe ?

Pas d'euro pour cameron :
David Cameron n’a aucune raison d’engager son pays dans un projet voué à la faillite intellectuelle, morale et démocratique, estime le maire de Londres, Boris Johnson.


Je sais que certaines personnes sont perturbées de voir tous ces puissants Européens tellement fâchés. Partout sur le continent,
les journaux débordent de gros titres courroucés sur l’arrogance et la bêtise générale des Anglais. La réalité, c’est que David Cameron n’est pas le premier de nos dirigeants à bloquer quelque chose qui n’était pas dans l’intérêt de notre pays, d’autres ont agi de la sorte ( de Thatcher, sur le budget de l’UE, à Tony Blair, sur le prélèvement à la source). Et beaucoup d’autres Premiers ministres se sont montrés nettement plus rétifs que les Britanniques : on pense à l’Espagnol Felipe González, qui avait coutume de paralyser les sommets de l’UE jusqu’à ce qu’il ait le sentiment d’avoir mis la main sur assez de cabillauds et de haddocks irlandais.
Non, ce n’est pas notre opposition au nouveau traité sur la mise en place d’une union fiscale qui les dérange. Si nos frères et sœurs européens sont si chroniquement furieux contre les Britanniques, c’est parce que le temps a montré que nous avions absolument raison au sujet de l’euro.
Depuis plus de vingt ans, les ministres britanniques se rendent à Bruxelles pour répéter à quel point ils adorent toute cette histoire de marché unique, mais aussi pour dire qu’ils doutent qu’il soit très sage de vouloir se doter d’une union monétaire. Et, depuis plus de vingt ans, certains d’entre nous rappellent qu’une union monétaire ne peut pas marcher sans union politique  (et que cette dernière n’est pas envisageable sur le plan démocratique). Nous vous avions prévenus qu’il faudrait une sorte de gouvernement central européen pour contrôler les budgets nationaux et la fiscalité, et que les peuples d’Europe ne l’accepteraient pas. Allons, voyons. Ce ne sont pas les banquiers anglo-saxons qui ont causé les problèmes de la zone euro, Sarkozy mon ami.
C’est l’incapacité totale des pays de la zone euro (à commencer par la France, soit dit en passant) à respecter les critères de Maastricht. C’est le refus des Grecs de juguler leurs dépenses ou de réformer leur système de sécurité sociale. En Grèce et en Italie, les dirigeants démocratiques ont été littéralement débarqués dans l’espoir d’apaiser les marchés et de sauver l’euro. Et ce qui exaspère encore plus les responsables de la zone euro, c’est qu’apparemment ça ne marche pas. Ils reprochent à David Cameron d’avoir opposé son veto à un nouveau traité de l’UE, alors qu’en réalité il n’a rien fait de tel. Les autres pays de l’UE peuvent tout à fait aller de l’avant et mettre en place leurs propres nou- velles réglementations fiscales. S’ils le veulent, ils peuvent décider de créer un gouvernement économique européen. Ils peuvent décréter que le moment est venu – même si leur électorat a déjà le sentiment d’être exclu du processus politique – de confier à des bureaucrates non élus les déci- sions stratégiques sur la fiscalité et le budget. Et je doute fort que cela fonc- tionne, puisque les gouvernements nationaux ne sont pas tenus de respecter


Londres a refusé, le vendredi 9 décembre,lors du Conseil européen, de
s'associer au projet de nouveau traité, destiné à renforcer les mécanismes de solidarité entre
les pays de la zone euro au prix d'une convergence budgétaire renforcée. Le Premier ministre britannique exigeait un protocole exonérant les services financiers de certaines réglementations, ce que les autres pays ont refusé. Lundi, David Cameron a défendu son veto devant les députés britanniques, expliquant qu’il était allé à Bruxelles avec un objectif : “protéger l'intérêt
national britannique”. David Cameron n’a aucune raison d’engager notre pays dans un projet voué à la faillite intellectuelle, morale et démocratique. Et si les autres sont furieux contre Londres, c’est parce que cette querelle leur permet d’occulter le véritable échec du sommet : son incapacité à proposer une solution aux problèmes de l’euro.
Reste à espérer désormais que tout le monde se calme et se penche sur ce que les citoyens européens attendent véritablement de leurs institutions. L’Union européenne aurait une myriade d’autres choses à faire pour ses peuples en difficulté. En janvier, le “marché unique” fêtera son vingtième anniversaire ; or toutes sortes de barrières non douanières subsistent encore.
Nous planchons sur la création d’un gouvernement économique européen, or nous n’avons toujours pas adopté la directive sur les services [dite aussi “directive Bolkestein”], qui permettrait à tous, de l’opticien à l’agent immobilier, en passant par le courtier en assurances, de s’établir plus facilement dans d’autres juridictions européennes. Nous disons aux Grecs que c’est Bruxelles qui, de facto, doit diriger leur économie ; or nous n’arrivons même pas à nous mettre d’accord sur un modèle européen unique de prise électrique. A supposer que nous ayons besoin d’affirmer notre attachement à l’Europe, le moment est venu de proposer une vision positive d’une Europe qui soutienne réellement ses hommes et ses entreprises. La prochaine fois que tous ces chefs d’Etat se retrouveront pour un sommet, enfermons-les à double tour jusqu’à ce qu’ils aient approuvé la directive “services” et se soient mis d’accord sur une prise électrique européenne.


La stratégie de l’isolement risque d’affaiblir durablement l’influence du Royaume-Uni.


Le “non” de Cameron est un moment fatidique pour les îles Bri- tanniques. Et c’est également un coup dur pour l’Europe. L’ambivalence de la Grande-Bretagne à l’égard de l’Europe n’est pas nouvelle. L’historien R. W. Seton-Watson, remontant jusqu’en 1789, écrivait ainsi en 1937 : “Le désir d’un splendide isolement et le fait de savoir qu’il est impraticable – deux pôles qui ne cessent de faire hésiter l’aiguille de la boussole britannique.”
Cette année, dans un revirement de la politique européenne britan-nique passé presque inaperçu, Cameron a cédé aux hurlements de ses dépu-tés eurosceptiques et opté pour un nouveau discours signifiant en substance : chers amis de la zone euro, faites ce que vous voulez pour sauver les meubles, nous nous retirons du jeu et nous vous encouragerons depuis le banc de touche.
Ce qui fait désormais de notre pays une sorte de Suisse offshore. Came-ron dit avoir défendu les intérêts du pays.  Quoi qu’en disent les termes du contrat, le Royaume-Uni va rapidement perdre de son influence, y com-pris quant aux règles du marché unique. Même un enfant de 5 ans pour-rait le comprendre. Vous avez un club dont vingt-cinq ou vingt-six membres souhaitent aller dans la même direction et dont un ou deux veulent aller dans une autre : devinez qui va l’emporter. Surtout si les vingt-cinq ou vingt-six ont déjà créé leur propre club au sein du club.
C’est une catastrophe pour la Grande-Bretagne, mais aussi pour l’Europe. La Suisse et la Grande-Bretagne n’ont pas grand-chose en commun.


Quel avenir pour l’Europe si l’une de ses plus grosses économies – qui abrite en outre l’une des plus grandes places financières du monde – reste à l’écart ?
Avec deux structures parallèles dans une Union européenne déjà compli-quée, on va assister à des marchandages incessants. Il ne peut y avoir de politique étrangère et de sécurité européenne sans le Royaume-Uni. Aux yeux de la Chine et des Etats-Unis, l’Europe sera affaiblie. C’est peut-être
un grand jour pour l’Europe, mais pas vraiment l’occasion de se réjouir.

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