mardi 18 août 2020

Tinder et ses méthodes de facturation politiquement correctes

Par Marc André. La digitalisation de la planète entraîne des bouleversements considérables, c’est un fait acquis. De nouveaux métiers sont apparus et les industries et services traditionnels se sont adaptés ou ont disparu. Si le monde 2.0 est à bien égard inédit, il est des constantes civilisationnelles qui persistent et nous rappellent crûment que la belle nouvelle planète numérique égalitaire, tolérante ecofriendly et fraternelle vantée par les Bill Gates et autres Zuckerberg n’est en réalité qu’une affaire de pognon, celui-ci guidant l’Homme depuis qu’il est sorti de sa caverne avec l’idée de battre monnaie. Profitant sans doute des affres du confinement, une association de consommateurs australienne s’est intéressée aux méthodes de tarification du leader des sites de rencontres. Tinder, la version moderne et globalisée du Chasseur Français, n’applique en effet pas des méthodes bisoucompatibles pour facturer ses services payants aux utilisateurs désireux d’y avoir recours. Comment cela peut-il être le cas dans ce monde de bienfaiteurs virtuels de l’humanité souffrante ? Explications Selon l’enquête de Choice l’association en question, le vilain Tinder, pratique des prix qui vont du simple au quintuple en fonction de l’âge, du lieu de résidence et surtout, comble de l’horreur vivrensemblesque, en fonction du sexe du client. Ainsi une femme queer de moins de 30 ans payera son droit à la félicité sexuello-conjugale 7 dollars australiens là où un homme hétérosexuel caucasien de plus de 50 ans résidant en ville en déboursera 35. En dépit du fait que Tinder se conforme à la doxa dominante en tabassant, comme il se doit, le mâle blanc hétérosexuel, les Australiens ne l’entendent pas de cette oreille et ont demandé des explications circonstanciées. Et pour cause ! Nulle part, même dans le plus sombre des recoins de la politique de confidentialité ou des conditions générales de ventes, il n’est fait mention d’une discrimination tarifaire en fonction de critères aussi objectivement politiquement correct que les préférences sexuelles, l’âge où la géolocalisation des clients. Un peu embarrassée, la firme s’est fendue d’une réponse à la Georges Marchais refusant de condamner l’invasion soviétique de l’Afghanistan (souvenez-vous, Elkabbach : « Ce n’est pas ma question monsieur Marchais » et le phare de la pensée du Val-de-Marne de lui lancer : « Oui, mais c’est ma réponse, Elkabbach ! »). Tinder explique donc dans un impeccable phrasé néostalinien que son « intention est d’offrir une réduction à nos jeunes utilisateurs » dans le but « d’optimiser le nombre de personnes que nous pouvons faire s’inscrire ». Comprendre : la jeunesse est un argument marketing qui permet d’attirer de plus vieux consommateurs qui, dans l’espoir d’être remarqués des moins de 30 ans sont prêts à casquer des ronds de chapeaux… Cela peut s’entendre, après tout il n’est pas rare que les filles accortes ne payent pas leur entrée en boîte de nuit (avant distanciation sociale obligatoire et constitutionnelle). Cependant pas un début d’explication sur le fait que cela ne figure pas dans les mentions légales, ni que les femmes queers aient droit au tarif le plus bas, et ce en flagrante violation de l’égalité entre transgenres puisque les hommes de même appartenance payent davantage. Pour ce qui est de la tarification différenciée sur base géographique Tinder se défend en expliquant dans le même jargon que « si je vis dans un pays en voie de développement ou quelque part avec une économie émergente (sic !), je n’ai pas les moyens de payer autant que quelqu’un qui vit aux États-Unis. Certains critères doivent être pris en compte ». Lesquels, comment et dans quelles conditions ? Motus et bouche cousue, «�taisez-vous Elkabbach ! Â». À lire cette logorrhée, on pourrait croire que Tinder agit comme le fisc et mutualise son service en taxant les riches pour le plus grand bénéfice des pauvres. À ceci près que ce plaidoyer pro domo ne résiste pas à l’analyse, dans la mesure précisément où la discrimination n’est QUE géographique. Il est compliqué de demander ses revenus à un pigeon sans qu’il se méfie, quoique… Il nous est ainsi démontré que sous les oripeaux de la félicité sentimentale, les éditeurs de logarithmes de rencontres ne se livrent à rien d’autre qu’au commerce le plus basique. Leur but étant, bien évidemment, de faire de l’argent. Que ce soit sur la misère sexuelle d’une époque où l’individualisation exacerbée conduit à isoler les individus les uns des autres, n’ajoute qu’une petite touche de sordide à l’affaire. Il faut bien reconnaître qu’avec la fermeture des lieux de socialisation habituels, pour cause de pandémie pangoline mondiale, ces entremetteurs digitaux ont le vent en poupe et leurs profits vont croissant. En toute logique et la France étant ce qu’elle est devenue, ce n’est donc qu’une question de temps avant que l’un des génies qui peuplent notre Parlement ne se saisisse de cette criante injustice pour nous inventer une taxe bien sentie au nom de l’égalité, de la morale ou de l’éthique… voire des trois à la fois. Après tout n’est-il pas normal que ceux qui profitent éhontément des conséquences de l’incurie de nos gouvernants participent à l’effort de redressement national ? Et Dieu sait qu’en matière de redressement, rien ne vaut un site de rencontres.   Ces articles pourraient vous intéresser: Les coulisses économiques des sites de rencontres « Job HOPPS Â», l’appli qui révolutionne le temps partiel
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