samedi 1 septembre 2012

La gauche va payer cher Maastricht



« La gauche » face à la crise de l’euro

Plus un jour ne se passe sans que ne se produise un nouveau craquement annonciateur d’un possible éclatement de la zone euro. A la mi-août, un ministre finlandais révélait que son gouvernement, « au même titre que tous les autres », avait « élaboré une sorte de plan opérationnel pour faire face à toute éventualité » ,telle que « la possibilité d’un éclatement de l’euro ». Puis ce fut le tour du vice-Chancelier autrichien de demander que l’on trouve « les moyens nous permettant d’éjecter de la zone euro les pays qui ne respectent pas leurs engagements ». Il insinua même que les dirigeants allemands,luxembourgeois, finlandais et néerlandais pensaient comme lui. De son côté,le président de l’Eurogroupe (qui réunit les 17 ministres des finances de la zone), a abondé dans le même sens, en déclarant que la Grèce,première cible des pays-modèles, « joue sa dernière chance » et que son éventuelle sortie de l’euro serait « gérable ». Bref,le navire prend l’eau de toutes parts.

Voilà qui confirme nos analyses depuis le traité de Maastricht en 1992 et qui conforte notre volonté de mener le combat pour rompre avec les logiques et les structures malfaisantes qui sont au cœur de ce système. Nous ne saurions pourtant nous réjouir de cette situation !Car nous n’oublions pas que les peuples directement visés payeraient au prix fort le fait que leurs pays soient livrés aux spéculateurs et qu’ils se lanceraient dans une surenchère de concurrence économique,de dévaluations « compétitives » et de dumping salarial, dans l’espoir de remonter la pente et de « regagner la confiance des marchés », fût-ce en enfonçant le voisin. Nous sommes également conscients du fait qu’aucun peuple ne profiterait de cette déliquescence de l’euro. Les pays qui échapperaient à l’effet-domino des expulsions seraient poussés à s’intégrer dans une sorte de club des pays « vertueux » (au sens que donnent à ce mot les marchés financiers) sous la houlette de la classe dirigeante allemande. Enfin, il tombe sous le sens que ce contexte de crise aggravée serait un terreau fertile pour les nationalismes,les populismes, la xénophobie : un climat à l’évidence peu propice à la pensée critique, à l’intervention citoyenne ou à l’action solidaire ! Miser sur cet échec retentissant d’une construction libérale dans l’espoir qu’il sonnerait l’heure de l’alternative progressiste serait donc, à mes yeux, une grave erreur.

La responsabilité historique de la gauche dans de telles circonstances me parait être, au contraire, de parer sans attendre à l’énorme risque de division des victimes du système, de confusion dans les esprits et de désespérance que génèrent toutes les crises. Le devoir de la gauche n’est-il pas, dès lors, de viser coûte que coûte -parallèlement à une intense bataille d’idées faisant appel à l’intelligence- à rassembler, très au-delà de nos familles politiques,quiconque se reconnaisse dans quelques grands axes à portée transformatrice, tels que : « stop à l’austérité et priorité au développement social » ; « stop à la toute-puissance des marchés financiers et changer les missions de la Banque centrale européenne pour financer le développement social et permettre le rattrapage des retards de productivité dans une optique de solidarité » ; « stop à la mise à l’écart des citoyens et restauration de la démocratie et de la souveraineté populaire ». En un mot : il s’agit d’engager, au cœur de la vie des gens et avec les citoyens eux-mêmes, un combat constructif pour changer l’Europe. L’étape immédiate à franchir est celle de la clarification des enjeux explosifs liés au traité budgétaire européen que le gouvernement s’apprête à faire ratifier en catimini par des parlementaires scandaleusement dociles. Sans oublier l’indispensable dimension européenne de nos initiatives, en particulier la grande innovation du « Million d’Européens en campagne ».

« La gauche » face à la crise de l’euro - El Correo

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